Le journalisme en 2012 : ce que j’ai vu dans ma mta-boule de cristal

Le journalisme en 2012 : ce que j'ai vu dans ma mta-boule de cristalEn fin d’anne les exercices de prospective sur l’avenir du journalisme se multiplient. J’ai pour ma part dcid de ne pas faire semblant de savoir lire le futur. Par contre, j’ai pass en revue les prdictions des uns et des autres, en France mais surtout l’tranger, afin de de crer une sorte de mta-boule de cristal. Et de vous faire ainsi gagner du temps.

Globalement, la plupart des blogueurs ou des experts de la chose journalistique s’accordent sur les tendances fortes, ce qui m’a permis d’en faire une prsentation thmatique. Et d’ajouter quelques commentaires perfides, histoire de me mouiller un peu aussi !

Clturons donc l’anne 2011 en voyant ce que la crme de la crme des spcialistes promet notre profession pour les douze prochains mois. J’en profite pour vous remercier de votre fidlit. Passez de bonnes ftes et revenez faire un tour sur ce blog en janvier, il y aura du nouveau, c’est promis.

[Prcision : ce post doit beaucoup au Nieman Journalim Lab qui a publi ungrand nombre d’interviews sur le journalisme en 2012 et dont j’ai repris ce qui me semblait le plussignificatif.]

L’info, toujours plus tt sur les rseaux

- En 2011, l’agence AP a rprimand des journalistes ayant donn la priorit Twitter plutt qu’au fil de dpches.En 2012, Twitter prendra l’ascendant dans le traitement de l’actualit chaude, mme dans les mdias traditionnels et bien que ce type de contenu soit difficilement « montisable »(Ethan Kapler sur leblog 10.000 words)

– Les lecteurs veulent que les informations aillent la vitesse du web, ils n’auront pas la patience d’attendre que les journalistes s’adaptent cette nouvelle ralit (Burt Herman, cofondateur de Storify, sur leNieman Lab).

– Au moins l’un des vainqueurs d’un des prix Pulitzer (probablement celui du ‘Breaking News Reporting’) aura significativement utilis Twitter ou Facebook (Steve Buttry, directeur des mdias sociaux du Journal Register Co. & Digital First Media, sur le Nieman Lab ; le site Mashable fait le mme pronostic).

– Le « live », genre journalistique permettant de traiter l’information en temps rel en interagissant avec les lecteurs, a explos en 2011 et va continuer sa monte en puissance car il « rend accro » (Alice Antheaume, cole de Journalisme de Sciences-Po,sur son blog).

–2012 permettra aux quotidiens franais de donner la priorit au numrique pour sortir dabord les nouvelles sur leurs diffrents supports, pour ensuite les slectionner, les dvelopper, les approfondir pour limprim, comme en ont fait le choix en 2011, leGuardian, leFinancial Time ouLe Temps (Jean-Marie Charon, sociologue, sur le blog l’Observatoire des mdias).

Le commentaire perfide : Twitter a dsormais, c’est incontestable, la primaut en ce qui concerne l’alerte sur l’actualit brlante. Les mdias proposant des contenus payants – les agences de presse en particulier – doivent-ils accepter que leurs journalistes lui donnent la priorit au risque de dvaloriser ce qu’ils vendent ? A ce stade je n’en suis pas convaincu.

L’info, plus collaborative et mieux distribue

- En 2011 on s’est beaucoup concentr sur la manire de faire le tri (la « curation ») dans les contenus disponibles en ligne afin d’aboutir des articles structurs. Cela a t notamment sensible lors des vnements au cours desquels des citoyens utilisaient des mdias sociaux pour rendre compte de ce dont ils taient tmoins (rvolutions au Maghreb).En 2012 l’accent sera mis non plus seulement sur ce travail de tri et de vrification, mais surtout sur la capacit des journalistes amplifier l’information grce aux canaux de distribution efficaces dont ils disposeront(Vadim Lavrusik, responsable du programme « journaliste » de Facebook, sur le Nieman Lab).

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    • – Je parie sur la collaboration en 2012 : entre les journalistes et des utilisateurs disposant d’une expertise partager mais aussi entre mdias cherchant raliser des conomies ou trouver de nouvelles opportunits (Paul Bradshaw, auteur duOnline Journalism Handbook, sur le Nieman Lab)

      – Des journalistes travaillant en rseau et exprimentant de nouvelles formes de cooprations avec des experts/spcialistes de diffrents domaines, sans parler des internautes tmoins dvnements ou sensibiliss une question ou une cause(Jean-Marie Charon, sociologue, sur le blogl’Observatoire des mdias).

      Le commentaire perfide : les Amricains ont dmontr, au travers de certaines fondations comme Propublica ou le Center for Investigative Reporting, qu’une enqute peut avoir un maximum d’impact lorsqu’elle est dcline sur plusieurs supports mdiatiques, mme s’ils sont a priori concurrents. En France on attend encore ce type d’initiatives.

      Des brasses de donnes traiter

      - 2012 sera l’anne des donnes. Celles-ci seront utilisables par les journalistes grce au travail de dfrichage men par des « journalistes hackers » (Amy Webb, agenceWebbmedia Group, sur le Nieman Lab).

      – Les mdias vont passer des paroles l’action en matire de « data », notamment parce que davantage de donnes publiques vont tre disponibles(Paul Bradshaw, auteur duOnline Journalism Handbook,sur le Nieman Lab).

      – Les donnes ne sont pas rserves aux « geeks ». Beaucoup de journalistes ont peur des chiffres et des fichiers Excel, or ils doivent parvenir s’y retrouver dans les donnes avances dansdes communiqus de presse et faire parler des statistiques (Journalism.co.uk).

      – La visualisation des donnes va progresser du fait du gigantesque volume de donnes disponibles(Alice Antheaume, cole de Journalisme de Sciences-Po,sur son blog).

      Le commentaire perfide : Nant. Je souscris totalement. Le mouvement d’ouverture des donnes publiques n’en est qu’ ses dbuts en France. Leur exploitation gnrera des revenus commerciaux, il serait impensable que la presse ne mise pas dessus. Ce sont donc des comptences dvelopper.

      Des lecteurs profitant d’une vritable exprience mobile

      - En 2012 l’Iphone et le Kindle auront cinq ans. La lecture mobile va devenir majoritaire et de nouveaux appareils (e-reader ou tablettes) vont sensiblement en amliorer l’exprience(Tim Carmody, journaliste, sur le Nieman Lab).

      – L’existence de vritables ditions digitales, succdant aux simples PDF, pourrait jouer un rle central dans le dveloppement de revenus tangibles pour les journaux (Frdric Filloux, Monday Note)

      – La plupart des mdias proposent des contenus pour tablettes ou e-reader copiant celles imagines pour le print, les transformant simplement en PDF. L’exprience de lecture propose aux lecteurs doit au contraire tre enrichie, notamment par des vidos et du son. Les journalistes doivent dvelopper leurs comptences en ce sens(Journalism.co.uk).

      Le commentaire perfide : La lecture de l’info sur le web se faisant beaucoup pendant les heures de bureau, je pense que la consommation statique depuis son PC a encore de belles heures devant elle.

      Un journalisme plus honnte donc plus crdible

      - L’enqute de Lord Leveson sur les pratiques des mdias britanniques, dclenche aprs la rvlation du scandale des coutes massives menes par des journalistes grce leurs contacts dans la police, a marqu un tournant. Les journalistes doivent tre surs que la fin justifie les moyens et tre absolument clairs sur la lgalit de leurs mthodes. Ils doivent aussi tre plus transparents sur leurs sources (Journalism.co.uk).

      – En 2012, les journalistes vont devoir gagner leur crdibilit. Les lecteurs en ont assez des journaux qui servent de ring pour les bagarres entre gauche et droite. Les journalistes vont devoir nous dire ce qui se passe dans la vraie vie et en quoi cela va nous impacter. Nous voulons une information transparente (Robert Hernandez, journaliste multimdia et professeur assistant USC Annenberg, sur leNieman Lab).

      – Les journalistes ne doivent pas faire comme s’ils avaient la science infuse. Plus personne ne les croit quand ils traitent le mmejour 10 infos sur des secteurs compltement diffrents. Ils doivent citer leurs sources puises en ligne, avouer leurs limites et s’ouvrir aux experts afin de gagner la confiance des individus connects. Ils doivent aussi tre bton sur les faits, recouper leurs sources et respecter celles qui demandent rester anonymes. C’est ce qui les diffrenciera. Car pour tout le reste, le commentaire, l’analyse, la mise en contexte, la polmique, la critique … il ne faut pas tre journaliste (Damien Van Achter,sur son blog)

      Le commentaire perfide : Ce n’est pas en France que l’on verrait un scandale de l’ampleur de celui qui a branl le News of the World avec des journalistes orchestrant des mises sur coute. Mais ce n’est pas en France non plus qu’une opration mains propres d’envergure pourrait avoir lieu, incluant des auditions de journalistes (et de patrons de presse) auxquels des comptes seraient demands.

      Des contenus payants pour construire un business model ?

      - 2012 sera l’anne du retranchement derrire un mur payant pour les diteurs de journaux. Le New-York Times et le Boston Globe ont t prcurseurs dans la mise en place de paywall « flexibles » c’est--dire associant une gratuit des contenus partags sur les rseaux sociaux avec un paiement impos aux lecteurs rguliers(Dan Kennedy, professeur assistant l’universit de Northeastern, sur le Nieman Lab).

      – Nous allons assister l’mergence de diffrents modles permettant de faire payer les internautes pour des contenus de qualit (Frdric Filloux, Monday Note)

      – Au moins un mdia important abandonnera son paywall (Steve Buttry, directeur des mdias sociaux du Journal Register Co. & Digital First Media,sur le Nieman Lab).

      – En France o les pure-players (sites n’ayant pas de support papier) sont plus nombreux qu’ailleurs, il y aura des morts parmi les acteurs du web (Alice Antheaume, cole de Journalisme de Sciences-Po, sur son blog).

      – La plupart des journaux papiers auront disparu dans cinq ans (tude de l’USC- universit de Californie du Sud).

      Le commentaire perfide : C’est finalement sur le business model que nos experts divergent le plus. Personnellement je suis archi convaincu par la ncessit de faire payer pour l’information. C’est le seul moyen d’tre incit crer de la valeur ajoute et crire pour ses lecteurs (et non pour ses annonceurs). Le seul moyen aussi de crer des emplois de journalistes. Mais le dbat reste ouvert et l’on voit bien que l’avenir du journalisme, en 2012 comme dans la premire dcennie du XXIe sicle est loin d’tre crit l’encre (numrique) de l’vidence.

      Si j’ai oubli des prdictions qui vous semblent intressantes, partagez-les dans les commentaires!

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About Tho Haberbusch

Aujourd'hui directeur de la communication de l'EM Strasbourg, j'ai t journaliste puis rdacteur en chef adjoint au sein de l'agence de presse AEF.
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