Pourquoi la soucoupe d’Owni m’a perdu en vol

[Update le 31 août 2011 : un article très informé des Inrocks détaille le malaise au sein de la jeune rédaction d'Owni et vient confirmer (en pire!) certaines de mes observations. Espérons que la rentrée 2011 permettra au site de reprendre du poil de la bête.]

Comment écrire ce que je pense d’Owni sans passer pour un briseur d’initiatives? Ceux qui me connaissent savent que je suis un enthousiaste, que j’aime les idées nouvelles et que je réfléchis à ce billet depuis longtemps. Car Owni m’a tour à tour intrigué, intéressé, énervé et laissé indifférent. Et puis, Nicolas Voisin a mis en ligne deux billets, l’un très en colère après avoir manqué des subventions, l’autre plus positif, annonçant que son entreprise allait lever des fonds privés grâce à l’entregent de Bernard Henri-Levy.

Avant d’aller plus loin, je précise que quelques billets de ce blog, il y a maintenant plus d’un an, ont été repris sur Owni. A l’époque mes contraintes à l’AEF m’ont empêché de rencontrer Nicolas Voisin ou son équipe, qui me l’avaient aimablement proposé. Après un long silence, puis après avoir refusé un post que j’avais soumis, Owni m’a à nouveau sollicité en 2011 pour reproduire l’un de mes billets. J’ai décliné. Car je me sens désormais assez étranger au projet d’Owni.

1. Oui, Owni c’est (en partie) du neuf!

Quelles que soit mes réserves, le fait même que j’y consacre ce billet montre bien que j’estime qu’il se passe quelque chose d’important. Des faits démontrent que la « soucoupe » change la donne :
- sa croissance (création de 40 emplois nous dit Nicolas Voisin) ;
- sa capacité à mélanger des compétences journalistiques et techniques et plus généralement   à fédérer les sympathies, comme l’illustre bien ce billet. Owni a séduit des journalistes devenus formateurs (comme Erwann Gaucher dont j’ai découvert qu’il avait rejoint 22mars, la société éditrice d’Owni), des free-lance qui, j’imagine, ne trouvaient pas d’espace pour s’exprimer etc. Bref, cela ressemble au cas américain où les « nouveaux » médias (Propublica par exemple) ont été lancés par des journalistes déçus ou virés de la presse traditionnelle ;
- sa décision de lancer un site en anglais, choix qu’aucun des sites web de news n’a encore fait et qui, étant donné la domination de cette langue en ligne, paraît très intelligent ;
- le prix décroché en 2010 aux Etats-Unis.

Owni fonce, Owni innove, Owni se décarcasse. J’ai croisé certains journalistes de la rédaction, et une chose est sûre c’est qu’ils n’ont pas volé leur salaire, étant donné leur engagement dans cette aventure. Alors que certains titres de presse acceptent encore qu’on pantoufle chez eux, l’écueil ne concerne pas Owni. Ni la compétence, ni l’honnêteté de la rédaction ne sont donc visés par ce qui va suivre.

2. Des déclarations d’intention prometteuses

crédit photo: 22 mars

Deux textes datant de 2010 avaient particulièrement retenu mon attention. La charte éditoriale d’Owni, qui annonçait une collaboration forte avec des contributeurs et une volonté de mélanger les points de vue. Du moins c’est ce que j’ai voulu retenir à l’époque. N’étant pas très sensible à la question, je ne me suis pas beaucoup soucié des autres marqueurs du site, créé en opposition à Hadopi : défense de la liberté du net et technophilie.

Ensuite, Nicolas Voisin avait publié un « plan de vol » ambitieux, s’inscrivant dans la lignée de Propublica aux Etats-Unis, ce site a but non lucratif soutenu par une fondation, qui a gagné un Pulitzer.

3.Un « modèle » économique à démystifier

propublicaEst-ce de la responsabilité d’Owni ou des confrères qui parlent d’Owni? Je ne peux le dire, mais une chose est sûre, la façon dont le site est « vendu » me semble tronquée. Owni a été applaudi pour son modèle économique : le site n’acceptant pas de pub et ne commercialisant pas ses articles. Certes, mais…

Même si cela a pu être écrit, Owni n’est pas le seul média en ligne à gagner de l’argent ; sa croissance actuelle le place même dans un  besoin de financementsemble-t-il pressant.

Surtout, Owni se finance sur des prestations de conseil : 22mars, la société mère, vend des formations, développe des sites web, et élabore des applications de « datajournalisme », mot savant pour dire « infographies interactives ». L’un des membres d’Owni le dit très clairement dans cette (passionnante) interview en anglais :

The value the website provides is in gaining expertise online that we can then share and sell to clients.

Dans son récent billet, Nicolas Voisin, parle d’ailleurs maintenant d’Owni comme d’un média qui a des « concurrents », terme qu’il répète plusieurs fois:

Vivre en écosystème, c’est savoir coopérer avec ses concurrents pour l’intérêt commun, et savoir en même temps rester concurrents de ceux avec qui nous collaborons.

Le site vise, peut être, à faire un journalisme « d’intérêt général », mais il est plus certainement une vitrine pour que 22mars tourne. Il y a encore peu de temps, juste avant sa refonte, le site de 22mars mettait d’ailleurs en avant la participation des journalistes à cette activité (voir capture d’écran ci-contre).

Je ne suis pas adepte des procès d’intention. Simplement, je m’étonne que personne ne s’interroge sur les incidences déontologiques d’une telle pratique.

Comme beaucoup d’entreprises, Owni n’est pas particulièrement transparent, ni sur l’identité de ses clients, ni sur celles de ses financeurs. Et la nouvelle version du site de 22mars est encore plus pauvre que la précédente.

Dans un récent article, Arrêt sur images prend également Nicolas Voisin en flagrant délit de mauvaise foi concernant une subvention prétendument refusée au site alors qu’elle lui a en réalité été accordée. Je n’ai en outre pas retrouvé trace du fonds de dotation, annoncé dans cet entretien, qui devait permettre de créer un médias répondant à un modèle mixte, alliant « profit » et « non-profit ».

Résumons :  Owni n’est donc pas Propublica, on ne peut pas le classer dans les organismes à but non lucratif. Dit autrement, économiquement c’est un média comme un autre, qui cherche à assurer sa survie.

4. Une ligne éditoriale…stratosphérique

Je trouve que l’engagement pris initialement par la charte éditoriale n’est pas (ou plus) tenu. Diversité des points de vue? J’attends toujours des articles expliquant, sans l’étriller, pourquoi le filtrage des sites pédopornographiques a été décidé dans le cadre de la Loppsi. J’attends une diversité d’angles concernant les technologies de la sécurité, pour ne prendre que l’exemple d’un sujet que je connais.

J’aimerais aussi comprendre pourquoi Owni a couvert avec un envoyé spécial le procès de Julian Assange, nous a proposé des live-tweet en direct des révolutions arabes (sujet ultra couverts par d’autres), puis se met à nous parler des « sociétés militaires privées » sans vraiment approfondir, ou nous balance sans autre forme d’explications des liasses de documents de la DGSE. Je ne comprends pas l’intérêt d’articles synthétisant ce que d’autres ont déjà écrit et qui n’apportent pas d’éléments supplémentaires (prenons cet exemple et celui-là)

Owni fait le choix de travailler sur des sources écrites : rapports, notes… Comblant sans doute ainsi une faiblesse de la presse généraliste. Mais se faisant, je lis trop souvent des articles désincarnés, incapables au fond de m’expliquer le pourquoi d’une situation révélée par un document. Ce n’est pas parce que l’on est capable de sortir des documents que l’on informe correctement. Non seulement le lecteur que je suis se sens assailli d’informations, mais en plus, régulièrement, je pressens que l’on ne me présente qu’une facette, très orientée de la réalité (dans certains cas je le sais car ce sont des dossiers que je suis de mon côté).

Si l’on reprend la filiation revendiquée avec Propublica, Owni déçoit pour le moment. La fondation américaine produit peu, mais des enquêtes lourdes, de long cours, souvent réalisées en partenariat, et publiées dans différents médias. Rien de tel depuis un an sur le site français. D’ailleurs est-il possible de co-publier des enquêtes avec des titres auxquels on souhaite vendre des prestations?

Cela a-t-il un lien? J’ai lu qu’Owni n’avait pas reproduit la hiérarchie des « vieilles » rédactions, avec des réd’ chefs ou des chefs de rubrique. Nicolas Voisin a ainsi dit à WIP qu’il ne prend pas « l’initiative éditoriale ». Vu de l’extérieur ça semble vouloir dire que chaque journaliste (souvent des gens assez spécialisés) fait donc ce qui lui chante. D’où, peut être, cette impression d’un site qui part dans tout les sens, à l’image du lancement d’un Owni Sciences et d’un Owni politics (dont le dernier article date de mars, preuve que je n’ai peut être pas été le premier lecteur perdu).

5. Data ou blabla?

Avec la naissance d’Owni, peut être parce que le projet est porté par une génération (la mienne) de « geeks », on s’est mis à utiliser des mots compliqués pour désigner des choses simples. De nouveaux termes ont fait florès : « datajournalisme », « digitaljournalism » et celui qui m’énerve le plus le  »journalisme augmenté ».

Owni dispose de compétences techniques peu répandues, mais elles ne sont pas uniques. Des sites d’info comme Le Monde ou l’Express proposent des infographies ou des visualisations de données très élaborées.

Certes, chez Owni, ils semblent en faire beaucoup (surtout de la cartographie). Sauf qu’en termes d’information, tout cela reste assez pauvre, en dépit de l’énorme coup de pub occasionné par le travail avec Wikileaks. Prenons les deux applications imaginées pour trier les données concernant l’Irak et la diplomatie américaine à cette occasion : elles n’ont pas suscité la mobilisation d’internautes, dont Owni attendait pourtant qu’ils aident à faire remonter les ressources intéressantes parmi ces données. Résultat, le gros boulot d’exploitation a été fait par d’autres (« Le Monde » en France) qui ont travaillé « à l’ancienne »…en lisant les câbles et en les racontant à leurs lecteurs. Et la carte de la vidéosurveillance dans les lycées semble avoir également eu du mal à susciter des collaborations.

Le « data » sauce Owni c’est la détection d’une vrai bonne info, qui n’est ensuite pas réellement exploitée. Voilà qui pourrait aussi expliquer que les infos de ce site soient finalement peu reprises, contrairement par exemple à celles de Médiapart qui, sur ce point, est bien meilleur dans le mélange de la source écrite et des explications en coulisses.

6. Quels critères de qualité ?

Le problème fondamental d’Owni est peut être le manque d’outils lui permettant de mesurer la qualité de sa production. Le site vend essentiellement de la technique : des outils et des méthodes pour faire des sites web ou des applications à partir de bases de données. Les clients s’intéressent donc sans doute assez peu au contenu éditorial produit par Owni.  Une application « pauvre » ne pénalisera peut être pas Owni à condition qu’elle soit très bien faite (la dernière version du site de 22mars illustre bien mon propos).

Quant à la fréquentation du site, elle constitue un indicateur sans intérêt : qu’elle explose, qu’elle soit faible, que l’audience soit étroite ou au contraire variée, cela ne conditionne pas la réussite économique d’Owni, tant que 22mars va bien.

7. Ce que je souhaite pour Owni

Il y a clairement un espace pour ce site, et mes attentes sont à la mesure de l’intérêt que je lui portais à ses débuts, à la mesure aussi des intentions affichées par son fondateur. J’aimerais donc qu’Owni:

- devienne un vrai média d’information (et non d’opinion), se rapprochant ainsi éditorialement de Propublica, qu’il prend pour modèle;

- produise moins mais mieux, en ayant pour objectif que ses enquêtes fassent une différence ;

- revoie les relations avec les contributeurs extérieurs en cessant de reprendre l’intégralité des billets (sauf à les payer) et en choisissant de lier vers les contenus ;

- mette sa charte éditoriale à jour

- complète son excellent travail de documentation auprès de sources « humaines », afin d’éviter toute caricture de sujets complexes ;

- soit plus transparent sur la répartition des rôles entre l’activité de conseil et celle journalistique, et publie la liste de ses financeurs ;

Et vous, êtes vous inconditionnels d’Owni ou bien avez-vous aussi des réserves à émettre? Commentaires constructifs attendus!

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About Théo Haberbusch

Aujourd'hui directeur de la communication de l'EM Strasbourg, j'ai été journaliste puis rédacteur en chef adjoint au sein de l'agence de presse AEF.
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31 Responses to Pourquoi la soucoupe d’Owni m’a perdu en vol

  1. Bruno says:

    Bonjour,

    Savoir BHL derriere le financement d’Owni m’attriste. Sinon merci pour cette article, ca m’a permis de prendre du recul sur un site que j’affectionne tout particulierement.

  2. Jean-Yves says:

    Une question : OWNI a-t-elle de droit d’appliquer la convention collective des journalistes à ses salariés sachant que 22Mars tire ses revenus d’activités de conseil et ne peut donc se prévaloir du statut d’entreprise de presse ?

    Quel est le montage juridique ?

  3. Ous says:

    Je ne suis pas un fin connaisseur des médias alternatifs et suis peut-être facilement impressionnable en la matière, mais d’Owni jusqu’ici je retiens surtout d’agréables surprises devant des procédés (applications, visualisations de données, documentation « technique », etc.) qui, même s’ils ne sont pas forcément innovants, sont encore largement méconnus du public général qui s’informe sur le net, et méritent donc d’être développés. Néanmoins, à cet enthousiasme régulièrement renouvelé vient parfois se mêler une frustration, une déception que je ne m’étais pas donné la peine d’analyser et que la lecture de votre article explicite fort bien. Je lirai désormais Owni (et d’autres) avec un esprit plus critique.

    On ne peut qu’espérer que des commentaires comme celui-ci seront considérés à leur juste valeur constructive et encourageante par l’équipe d’Owni, et les incitera à redoubler de vigilance dans la maturation de leur projet. Leur aventure est encore toute fraîche, et si la jeunesse est l’âge de l’expérimentation et de la fringance (qu’ils revendiquent), c’est peut-être aussi celui où l’on s’éparpille le plus facilement. Or, vis-à-vis de l’indispensable auto-critique, le rapprochement avec le réseau de BHL suscite des inquiétudes : on ne sait que trop bien la capacité de ce club politico-médiatique à infatuer les moins bravaches de ses membres…

  4. vie publique says:

    Article circonstancié et bien décortiqué/ »décortiquant ».
    Merci :)

  5. Bonsoir, merci pour ce bel article! La presse en ligne est confrontée à certains business model… et dans cette masse de médias qui se font une guerre silencieuse rare est de trouver un média scrupuleux. A l’exemple des plus grands médias qui se piquent les mêmes titres et contenus :-) . Bien a vous et encore merci pour cet article!

  6. Fred says:

    Ce qu’a apporté owni est sans pareil! Quel voisin européen peut s’enorgueillir d’avoir un acteur indépendant si innovant sur son marcher? Sérieusement si le post est intéressant les intentions croisées ci et là ne le sont pas tant. Je suis owni et Slate et rue89 .. Y’a pas photo en terme de rupture avec les codes anciens. Owni a un temps d’avance. Pas étonnant qu’ils soulèvent inamitiés et jalousies (au dela de cet article, pas con)

  7. Marc Mentré says:

    Je pense qu’OWNI connaît une crise de croissance. Ce qui fonctionnait —bien— avec une équipe réduite, fonctionne moins bien lorsque les effectifs doublent voire quasiment triplent, en moins d’un an.
    Ensuite, il faut se demander si le modèle économique est encore valide en raison de ce changement de taille.
    Ensuite encore la confusion des genres entre 22 mars et OWNI est inhérente au modèle économique. Jusqu’ici, il ne me semble pas qu’il y ait eu de dérive. En tout cas revenir sur cette « porosité » signifie remettre en cause le « modèle économique ». Est-ce envisageable ?

    Le talon d’Achille d’une start up en forte croissance est la trésorerie. Visiblement, en mai-juin, OWNI avait un besoin urgent de cash et ses investisseurs habituels n’ont pas répondu présent. Pourquoi ? En tout cas, N. Voisin a du trouver de nouveaux investisseurs et ce dans la précipitation. J’ai été sidéré (le mot est faible) que BHL soit de ce tour de table, et qu’il joue le rôle de leader. Grand bien fasse à OWNI si cela leur permet de surmonter une passe difficile, mais ce n’est en rien anecdotique. La présence de BHL (et de ses amis) traduit qu’on le veuille ou non un changement de politique éditoriale et ce à la veille de la campagne électorale présidentielle de 2012.

    Que les choses soit claires, cela ne remet pas en cause les compétences et qualité des journalistes, des développeurs et des graphistes travaillant à OWNI, le caractère extrêmement innovant éditorialement parlant du site (il y a à boire et à manger sur le site, mais le traitement de certains sujets est remarquable comme c’est le cas avec le « mémorial des morts aux frontières de l’Europe », pour prendre cet exemple), la volonté générale de bousculer un journalisme bien assoupi en France, etc. Mais l’évolution récente d’OWNI donne l’impression d’une voiture lancée à toute vitesse dans le brouillard. Attention à l’accident !

    Dernière précision : certains des posts de mon blog Media Trend, ont été repris par OWNI. Ils l’ont toujours été après publication sur mon blog et avec mon accord. Il se trouve aussi que j’ai rédigé en tant que pigiste des articles pour OWNI, et que j’ai été payé pour ce travail. Pour ma part, je trouve logique de distinguer entre ce qui est gratuit (la reprise de posts déjà publiés sur un blog extérieur à OWNI) et ce qui est rémunéré (le travail de journaliste). À OWNI, cette frontière-là me semble nettement dessinée et respectée.

    • Merci pour ce commentaire très complet!

      Il se trouve que je travaille dans un média qui a connu une croissance assez forte et je connais bien les symptômes de la « crise » qui peut aller avec. Pour autant, la crise ne devrait pas être éditoriale: elle peut être organisationnelle, administrative, managériale. Or ce qui me pose question aujourd’hui c’est la ligne d’Owni, avant toute chose.

      Vous prenez en exemple le « mémorial ». A mon tour de prendre un contre exemple avec la Une de ce mercredi qui propose plusieurs articles sur le projet de carte d’identité électronique. Owni a le mérite, comme souvent, d’évoquer un sujet très peu abordé… Mais compile ensuite des sources « froides » tendant toutes à nous inquiéter d’un possible fichage généralisé. C’est une version de l’histoire, mais pas la seule. Je suis bien placé pour le savoir puisque AISG, mon agence, a consacré une quarantaine de dépêches au sujet! Et revoilà cette impression qu’Owni ne veut pas se confronter à la réalité, aux sources afin de me donner une version complète d’une histoire.

      Sur le modèle économique, je n’ai aucune légitimité à le remettre en cause. Par contre je trouve la présentation d’Owni biaisée lorsque certains le comparent à une fondation comme Propublica. Owni n’est pas « non profit ».

      Sur la relation avec les blogueurs, je souscris à votre distinction. Néanmoins pourquoi ne pas linker plutôt que de reprendre intégralement? Ou alors pourquoi ne pas mieux distinguer les contenus propres de ceux repris?

      • manhack says:

        Bonjour Théo,

        et merci de ces petites piques : OWNI a longtemps bénéficié d’une sorte d’état de grâce, il est normal qu’aujourd’hui certains cherchent à prendre un peu de recul.

        Je ne répondrai pas au nom d’OWNI, mais comme je suis plusieurs fois cité, à mots couverts, je vais tenter de remettre un peu les choses au clair : prenons cette « une » sur la carte d’identité; je n’ai pas lue les articles d’AISG, faute d’y être abonné, et ne prétend aucunement avoir fait une enquête « objective »; par contre, et outre le fait qu’aucun média grand public ou presque n’avait évoqué cette proposition de loi, personne n’avait non plus, à ma connaissance, relater les tentatives répétées de justifier la création d’une nouvelle carte, le lobbying des industriels de la biométrie et de l’identité sécurisée, le fait que les Français sont leaders en la matière mais qu’ils vendent surtout dans des pays émergents… J’ai contextualisé, proposé un regard différent, parce qu’OWNI c’est aussi cela.

        OWNI n’est pas ProPublica, et ne fait pas que de l’investigation; nous en faisons, ainsi que du journalisme de données, ET de la datavisualisation, ET de la reprise de billets, ET des papiers reposant sur des documents « confidentiels », ET du LOLcat, ET des articles orientés Internet et libertés…

        OWNI est une sorte de laboratoire de R&D de ce que la presse, les médias, et les journalistes, peuvent apprendre & faire grâce au Net, en vue de proposer de nouvelles formes d’interactions, d’expériences, de lectures, et de participation avec les lecteurs/internautes.

        Nous avons encore plein d’idées sur lesquelles nous travaillons, tant d’un point de vue éditorial qu’économique, et OWNI est loin d’être figé.

        Mais merci de votre billet : vos questions font écho à plusieurs des réflexions que nous avons, en interne, avec les autres membres de la « soucoupe ». Et en espérant pouvoir vous étonner avec la prochaine version d’OWNI, qui devrait, en partie, répondtre à vos interrogations.

        • Merci Jean-Marc pour cette réponse. Je prends bonne note du fait que je ne dois pas m’accrocher à la référence Propublica. Je donne acte, bien entendu, à Owni de sa volonté d’innover et de ne pas s’enfermer dans un modèle figé.
          Je lis toujours vos articles avec attention, j’en ai pris certains en exemple pour ce billet, mais j’ai essayé de montrer que mon propos était plus général; il ne s’agissait donc pas « d’attaquer » votre travail. Vous dénichez toujours des sujets pertinents, mais je maintiens que le traitement ne me semble pas assez équilibré. Ainsi parler des entreprises spécialisées dans la carte à puce qui font du lobbying, cela porte en germes un jugement de valeur qui n’est pas étayé, par exemple, par des éléments sur le caractère répréhensible de ce lobbying. Le discours de Gemalto, mais aussi de l’Imprimerie nationale sur le besoin d’avoir un débouché français à leurs technologies ou à leur savoir-faire et sur la crainte de voir les Allemands emporter le leadership alors que la France était initialement en avance est tenu de façon tout à fait officielle.
          Pour finir sur une note constructive, je me ferais un plaisir de vous faire ouvrir un accès à AISG. Ainsi vous pourrez aussi juger de notre travail. Chacun son tour! (Pour cela échangeons en direct).

  8. Aziz says:

    Pour ce qui est de couvrir la Tunisie, Owni, c’est une blague. Durant la révolution Owni n’a rien fait, et a mis en ligne des billets copier-collé après le 14 janvier antidatés pour rattraper le coup. Ils ont ensuite sorti un document sans grand intérêt au final et surtout sans le moindre effet concernant Orange. C’est une attitude plutôt opportuniste, dans le sommet à été la soirée ‘dégage’ sur Nova. Ils ont utilisé la Tunisie comme ils l’ont fait avec Wikileaks, rien de plus.

    Pour le reste, c’est sympathique, un peu fouillis, certes, mais ce n’est pas forcément un défaut, là dessus, je ne vous rejoins pas. S’ils n’avait pas cette attitude opportuniste face aux révolutions arabes, je n’aurais pour ma part pas trop de doutes sur la déontologie de cette publication.

    L’épisode BHL est pour moi un comble, que personne n’a relevé ou presque. Autant la présence de Nicolas Voisin au Conseil National du Numérique, pourquoi pas, mais là, trop, c’est trop.

  9. monsieurp says:

    Ce débat est richement argumenté. A noter que sur le rapport entre journalisme et activité de conseil/prestation de développement, Owni n’est pas précurseur. Rue89 tire également des bénéfices d’une activité similaire (en plus de la publicité et des abonnements).

    J’ai rapidement eu un sentiment similaire sur la ligne éditoriale. Le travail de mise en perspective, de recul sur l’actualité qui prévalait au départ s’est rapidement perdu pour une forme de chasse du « sujet hors actu chaude mais qui va faire un maximum de bruit ». Le scoop anticonformiste. Assez similaire à l’approche de Slate finalement.

    Et ce petit flou éditorial est à mon sens prolongé par la segmentation quasiment au lancement d’Owni music, politique, sciences, etc.

    Il demeure qu’Owni est un référent passionnant à observer ET à lire, ne serait-ce que par son état de constantes autoscopie et mutation. Juste un brin moins intègre et marginal que ce que je m’étais imaginé au vu de ses ambitions affichées.

    • Je ne dirais pas qu’Owni et ses équipes ne sont pas intègres, je n’ai aucun élément qui me permette de le dire. En revanche ils ne peuvent prétendre se placer au-dessus de la mêlée, comme le font si bien les fondations du type Propublica aux Etats-Unis, qu’Owni prend en référence.
      Tout comme Slate, Owni fait des choix qui nous changent de ce que l’on lit dans la presse traditionnelle, ce qui est bon. Mais je pense en effet que tout cela pourrait être à la fois plus équilibré et plus approfondi.

  10. deor says:

    Bonjour,

    Merci pour cet article. La critique des médias manque de parole critique sur les médias du web, je trouve. Vous faites donc oeuvre utile…

    Je me permets néanmoins de vous demander quelques précisions sur cette critique :

    J’aimerais aussi comprendre pourquoi Owni a couvert avec un envoyé spécial le procès de Julian Assange, nous a proposé des live-tweet en direct des révolutions arabes (sujet ultra couverts par d’autres), puis se met à nous parler des « sociétés militaires privées » sans vraiment approfondir, ou nous balance sans autre forme d’explications des liasses de documents de la DGSE. Je ne comprends pas l’intérêt d’articles synthétisant ce que d’autres ont déjà écrit et qui n’apportent pas d’éléments supplémentaires (prenons cet exemple et celui-là)

    Si je comprends bien, c’est le « déjà fait » qui vous dérange, c’est bien ça? Pourtant, globalement, on peut quand même relever qu’OWNI a eu un angle original avec des informations de qualité sur la Tunisie (et les liens des réseaux économiques et politiques français avec le pouvoir tunisien), de même les articles relayant les documents sur GEOS et émanant de la DGSE apportent réellement des informations nouvelles (pour ceux-ci c’est la non-vulgarisation que vous leur reprochez?).

    Bien à vous,
    Deor

    • deor says:

      J’en ai oublié de donner mon avis personnel. Je trouve OWNI extrêmement utile et rafraîchissant dans le paysage actuel. Ils pourraient sans doute mieux faire, mais en France, quel média web généraliste fait mieux? (des supports spécialisés, blogs, associatifs font du très bon boulot)

    • Merci deor de me permettre de préciser un peu.

      Non, je ne critique pas le « déjà fait », car Owni se lance souvent dans des sujets peu explorés (exception faite du « printemps arabe » et du procès d’Assange). Mais sur ces sujets nouveaux, la « révélation » n’est que très rarement approfondie. Les documents de la DGSE ne sont pas analysés, ni même expliqués. Le cas Geos mériterait sans doute davantage d’explication sur le contexte des sociétés de sécurité privée. Là Owni étaye simplement des a priori que nous avons tous : Geos c’est des barbouzes. Or pour connaître ces entreprises, la réalité est bien plus complexe. Davantage d’équilibre et d’approfondissement, voilà mes demandes.

      Par ailleurs, je ne pense pas qu’Owni puisse être comparé à un média généraliste. Il ne le revendique pas. Donc je ne pense pas que l’on puisse affirmer que certains font mieux, ou moins bien. Ce n’est pas le problème. Owni s’est donné des références américaines (Propublica), auxquelles il ne ressemble pas encore.

      • Alain Robert says:

        Bonjour Théo,

        Auriez vous la gentillesse de bien vouloir appliquer à vous même la transparence que vous demandez aux autres.

        Que voulez vous dire par « Or pour connaître ces entreprises, la réalité est bien plus complexe. » ? Quels sont vos liens avec les prétendues entreprises en sécurité? Quel est votre rôle au sein exact de http://www.aisg.info (dont vous parlez dans votre autoprésentation) et qui me semble fort… « grise », on va dire ?

        Bien à vous.
        Merci.

        • Avec plaisir! AISG (www.aisg.info) est un département de l’agence de presse AEF (www.aef.info), dont l’objet est le secteur de la sécurité au sens large. Je m’intéresse donc de près, avec mon équipe, aussi bien à la police qu’à la gendarmerie, aux douanes, et aux entreprises intervenant dans ce champ. Comme je l’écris, je suis rédacteur en chef adjoint, ce qui signifie qu’en plus d’un rôle rédactionnel, je manage une équipe de 5 journalistes. L’AEF, ma maison mère compte près de 90 personnes dont une grande majorité de journalistes. Elle a pignon sur rue et son statut lui impose des règles strictes (pas de publicité par exemple. Nos lecteurs sont donc tous des abonnés). L’an dernier j’avais écris ce plaidoyer pour le journalisme que nous y pratiquons et auquel je peux vous renvoyer pour plus de détails : http://monjournalisme.fr/2010/10/je-bosse-dans-linformation-privee-et-jaime-ca/

  11. JR says:

    « Owni m’a tour à tour intrigué, intéressé, énervé et laissé indifférent »…
    Long papier pour un indifférent. Dont la motivation semble assez obscure (amoureux éconduit ?) mais dont le résultat est tangible : vous voici propulsé en tête de rezo qui m’a amené jusqu’à vous… Félicitations

    • Le billet est davantage lié à mon intérêt et à mes attentes qu’à mon indifférence. Votre commentaire me donne l’occasion de dire que je ne m’attendais pas du tout à un tel buzz! Cela dit la qualité des réactions sur le blog ne peuvent que me réjouir!

  12. wilnock says:

    Tout comme mygreg j’aime beaucoup OWNI, et je les suis depuis leurs debut

    Toutes ces questions qui sont expose et synthetise au point 7, c’est une mise a jour de To-Do List.

    Dans un sens, je peux apporte un element de reponse sur un des points: la reprise de billet n’a a mon sens aucune raison d’etre remunerrer, et je trouve meme tres etrange qu’un billet publie une premiere fois, puisse etre remunerer pour une second publication, pour les memes contenues. Un travail journalistique, il est normal qu’il soit remunerer, mais reprendre un billet qui est deja accessible, deja publie, deja connue, et demander a se faire payer pour permettre la re-publication, ca me semble completement #WTF. C’est Internet, le partage et l’echange est force de loi.
    Rue89 a eu le meme probleme, la difference etant que Rue89 affiche des publicites sur son site, et pas OWNI (il y a une ‘ligne Jaune’ d’@si sur le sujet d’ailleurs)

    • Merci pour ces remarques très pertinentes…même si je suis en partie en désaccord! Concernant la rémunération, j’ai voulu être un peu provocateur, mais je ne souhaite pas nécessairement qu’Owni paie les contributeurs. Cela dit, je trouve que les contenus reproduits pourraient ne l’être que partiellement et linker vers le site source, par exemple.
      « Le partage et l’échange est force de loi ». Peut être. En attendant, la loi c’est le respect de la propriété intellectuelle (l’agence de presse dans laquelle je travaille est 100% web est nous sommes 87 salariés grâce au respect de ce principe : nos abonnés paient pour nous lire). Soyons clairs : Owni respecte cela à 100% puisque tous les contenus sont repris avec l’accord de leurs auteurs.

  13. dadisucre says:

    pour plus de transparence, d’abord, j’ai été/je suis une contributrice occasionnelle de la plateforme.

    j’avais un peu peur d’un long plaidoyer de mauvaise foi en apercevant le titre de cet article dans ma timeline.

    mais il sonne juste, appelle au débat, sans hystérie, même lorsqu’on ne partagerait pas entièrement certains points de vue.

    Sur le rapport 22mars/Owni, il me semble, par exemple, qu’au contraire il est cohérent avec le projet qui est de porter et de « disséminer » un journalisme digital, qui s’ancre online.
    Ce qu’a réussi à faire Nicolas Voisin, c’est de vraiment installer un journalisme digital, hors des exploitations Forçat du web auxquels nous ont habitué les autres rédactions online. et ce, parce que il est lui-même ce blogueur qui petit à petit a consolidé son parcours, frayé, et expérimenté des voies.

    Tout ça me fait surtout penser à cette formule de Gide  » ce que j’attends de l’ami, est l’absence d’indulgence », de celle qui permette d’approfondir les belles qualités et expériences.

    Bel article.

    • Merci pour ces compliments, qui me font sincèrement plaisir. Je ne retire rien au mérite de Nicolas Voisin, qui est un vrai entrepreneur. Il a ancré un journalisme digital, mais j’aimerais qu’il lui donne une ligne éditoriale solide maintenant.

  14. mygreg says:

    Pour être franc avec toi, je suis un inconditionnel d’Owni. Toujours très intéressé et enthousiaste à la moindre sortie d’un de leur site ou d’une de leur application. Ton article a quand même eu pour moi le mérite de soulever certaines interrogations, notamment sur le financement du site. Concernant le financement des auteurs, je crois que chacun des salariés se voit si je ne me trompe pas rémunéré pour son travail (bien sûr), concernant les contributeurs passagers, je serais bien sûr assez favorable aussi à un éclaircissement de la part de Nicolas Voisin.

    Bien au dessus des critiques émises, je trouve qu’Owni a été pour moi un vraie point d’entrée qualitatif et quantitatif dans le journalisme de données. J’y ai trouvé beaucoup de contenu, expliqué, vulagarisé pour le commun des mortels (App Gaz de schiste par exemple), des rédacteurs toujours très intéressants et qui écrivent très bien (Yann Leroux, Nicolas Voisin, Olivier Tesquet entre autres). De plus les sujets traités sont assez proches de mes centres d’intérêt et j’attends beaucoup à venir du développement des parties Owni Politics grâce entre autres à Sylvain Lapoix. La campagne des présidentielles sera je pense bien évidemment suivie et il me tarde de voir de quelle manière.

    • Merci pour ce message Mygreg, je ne peux que recommander de continuer à lire Owni; et je le ferai. Mais avec un regard critique que je suis ravi d’avoir pu partager avec autant de lecteurs attentifs.

  15. Rémi says:

    Entièrement d’accord ! J’ajouterai que certains billets de contributeurs extérieurs ne sont repris que pour générer du trafic et ne cadre pas à la ligne éditoriale de qualité fixée au départ (http://owni.fr/2011/05/14/top-30-des-chats-a-la-cool-qui-se-relaxent-dans-des-positions-etranges/). Vivement qu’on en revienne à la qualité des débuts !

  16. Un lecteur says:

    J’adore quand des journalistes parlent d’autres journalistes dans un papier où le mot « lecteur » (c’est quoi déjà ?) n’apparaît que deux fois, dont une avec la mention « lecteur que je suis »… Donc ma question : et le lecteur dans tout ça ? Qui s’en préoccupe encore ?

    • Cher lecteur,

      au quotidien, j’écris et je fais écrire des dépêches d’actualité vendues à des abonnés qui s’ils ne sont pas satisfaits nous quittent. Je peux vous assurer que mon lectorat est ma préoccupation la plus importante. Dans le cadre de cet article, j’ai parlé d’un point de vue de lecteur et d’un point de vue de journaliste-manager. Mais votre rappel à l’ordre ne peut pas faire de mal!

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