Concours des écoles de journalisme : le compte à rebours a commencé

Vous avez pris votre décision en 2010 : l’an prochain vous passerez les concours des écoles de journalisme. Si ce n’est pas encore le cas, ce qui n’était jusque là qu’un premier pas, va devoir se transformer en une marche forcée pour atteindre votre but. Car le compte à rebours pour votre préparation est à présent lancé : la plupart des concours (IPJ , CFJ, ESJ, IJBA) se déroulent fin mai-début juin, le Cuej de Strasbourg démarrant beaucoup plus tôt (avril pour les épreuves d’admissibilité).

Inutile de dire que se préparer est indispensable. On ne peut pas franchir deux séries d’épreuves (admissibilité, admission), affronter des écrits et des oraux, répondre correctement à des questions sur l’actualité ou résister à la mise à l’épreuve de votre culture générale et à votre connaissance des langues étrangères, sans un minimum de méthode.

En 2003, je ne suis parvenu à franchir aucune épreuve d’admissibilité. J’ai même eu de si mauvaises notes en anglais que je n’ai pas eu le droit de présenter une seconde fois certains concours. L’année suivante, j’ai été admis dans trois des quatre écoles (ESJ , IPJ, Sciences Po) où je m’étais présenté. Entre les deux années j’avais décidé d’arrêter mes études, de travailler comme correspondant de presse (ce qui avait l’avantage de me rapporter de l’argent) et de potasser.

Ce billet s’adresse en particulier à ceux qui, comme moi en 2004, n’ont pas souhaité (ou pas pu) s’inscrire dans une « prépa » aux concours. Je ne les critique pas: ces boîtes peuvent vous aider à vous organiser, vous donner des conseils utiles pour prendre confiance en vous à l’oral. N’empêche qu’elle peuvent aussi tuer votre spontanéité et limiter votre capacité à vous distinguer des autres candidats.

Je salue au passage l’initiative de l’IPJ, qui a mis en ligne un document très bien fait pour se préparer au concours quand on ne passe pas par une prépa. Il a été réalisé par les lauréats de la 31e promotion, qui livrent au passage leurs petits trucs d’ex-candidat.

Les pré-requis

- J’ai envie d’être journaliste dans un environnement en pleine mutation
- Je me suis renseigné sur ce métier (lectures, stage, rencontre avec des professionnels)
-  Je sais que trouver du boulot ne sera pas une mince affaire même après un passage par une des écoles reconnues
- J’ai un minimum d’appétence pour la technique, internet, les nouvelles technologies
- Je ne présente pas trop de concours (5-6 au maximum) : je suis sélectif
- Je suis prêt à recommencer l’an prochain si ça ne marche pas du premier coup

5 mois avant le concours (maintenant…)

- J’ai épluché les sites des concours auxquels je m’inscris et j’ai noté, sur des fiches, les différentes épreuves qui m’attendent.

- Quand elles sont disponibles, j’ai commandé les annales des années précédentes.

- J’élabore une bibliographie pour améliorer ma culture générale ou pour renforcer mes points forts. Je sais quels livres il faut absolument que je lise :

  • des ouvrages politiques ou journalistiques sortis récemment. Il font parler d’eux, je dois connaître le   sujet.
  • des manuels, ouvrages de synthèse, sur l’histoire du 19e et 20e siècles (René Rémond, Berstein et Milza), la vie des institutions sous la Ve République, l’économie (Denis Clerc, incontournable et passionnant) et des sujets dits de culture générale (l’Etudiant propose de bonnes choses)
  • des livres sur des thématiques originales, histoire de ne pas potasser comment tout le monde : je picore en bibliothèque ou à la Fnac (par exemple dans la collection Que sais-je?
  • des ouvrages sur les médias et sur le journalisme. Je m’informe sur mon futur environnement professionnel (voir la bibliothèque de monjournalisme.fr et les blogs dont je vous recommande la lecture)

- Je repère si je peux assister en auditeur libre à des cours de mon université qui pourraient augmenter ma culture générale (par exemple des préparations aux concours administratifs ouvertes à tous).

4 mois avant le concours

- Je prépare mon dossier de candidature. J’y consacre du temps car c’est un élément très important :

  • J’ai essayé de faire une lettre de motivation originale et sérieuse, courte et incisive
  • Mon CV est tout beau, j’ai demandé un oeil extérieur avant de l’envoyer.
  • Je ne laisse rien partir avec des fautes d’orthographe

- Je réalise un stage dans une rédaction, par exemple en presse régionale, je deviens éventuellement correspondant pour un quotidien local

- J’ai attaqué ma pile de bouquins, tout en gardant un oeil attentif sur les nouvelles parutions qui « buzzent » :

  • je fais des fiches sur les livres que je lis, histoire de ne pas tout oublier et de pouvoir me rafraîchir la mémoire avant le concours.

- Je baigne dans l’actualité : sur internet et dans les journaux papiers. Attention, je ne picore pas, je ne me contente pas de ce que je vois passer! Je fais un suivi quotidien et le plus détaillé possible. Je prends des notes :

  • sur les personnalités : nom, biographie sommaire
  • sur les événements et les lieux : causes, effets, contexte

- A la télé je renonce à regarder le JT, qui ne m’apprends rien. Je me concentre sur les émissions de deuxième partie de soirée et sur les reportages thématiques qui me permettent de me familiariser avec des questions de société.

- Je suis particulièrement attentif aux débats sur la vie des médias, à leur vie économique (rachats, diffusion) et aux questions déontologiques sur le journalisme qui peuvent émerger.

3 mois avant le concours

- Si j’ai des lacunes en langues, je prends quelques cours. Si j’ai des moyens, je pars 3 semaines à l’étranger histoire de baigner dans la langue. Dans ce cas, je n’arrête surtout pas de faire le suivi de l’actualité. Si c’est trop cher pas de panique, il existe des solutions de secours :

  • regarder plusieurs fois par semaine la BBC ou CNN (ça vous permet aussi de vérifier que vous n’avez pas loupé d’info)
  • regarder des films et séries avec sous titres dans la langue concernée (on joint donc l’utile à l’agréable)
  • lire la presse étrangère sur le Net, mais en profondeur. Je choisis un article et je le lis en détail, je repère les mots que je ne comprends pas et je les mémorise.

- Mes journées sont normées, mon temps est divisé entre mes différentes révisions. J’essaie de n’en négliger aucune et de me tenir à un certain timing. Je tiens compte du fait que prendre des notes me ralenti. Par exemple je prévois :

  • 2 heures de lecture/jour
  • 3 heures sur l’actualité papier/ jour
  • 2 heures devant la télé à suivre débats et news en anglais

2 mois avant le concours

- Je dois absolument avoir vu une rédaction et rencontré des journalistes en vrai

- Je cultive ma différence : à l’oral il va falloir que je me démarque. Si j’ai une passion, un hobby, ou simplement un centre d’intérêt particulier, je ne le lâche pas, je l’entretien car il va devenir une de mes armes.

- Je potasse à fond les annales des concours. Je me teste sur toutes les épreuves (dictée, synopsis d’article, questions de culture générale, synthèse de dossier…) dans un certain laps de temps et je me corrige ensuite.

- Je vois du monde, je fais du sport : je ne deviens pas un ermite ; le futur journaliste en moi s’alimente grâce aux conversations qu’il entend, il enregistre les préoccupations des gens, cela lui donne des idées.

- Surtout je n’arrête pas le travail en profondeur : veille sur l’actualité et lecture d’ouvrage

- Si je suis provincial, je me programme un petit séjour à Paris. Je visite des musées, j’accorde de l’attention aux expos temporaires qui attirent du monde

1 mois avant

- La préparation occupe le plus clair de mon temps, mais je ne panique pas. Mon emploi du temps structuré m’aide à rester zen : lectures, actu, lectures, actu…

- Je reste curieux, je me laisse guider par mes envies pour approfondir des sujets.

- J’ajoute, si ce n’est pas encore le cas, la radio parmi mes sources. Je l’écouterai jusqu’au matin des épreuves.

- Je me rafraichi la mémoire concernant le contenu des épreuves qui m’attendent. Je vais gagner beaucoup de temps le jour J parce que je connaitrai les grandes lignes de ce que l’on attend de moi. Si j’ai un gros doute, j’essaie de joindre l’école pour des explications.

A lire sur le même sujet :

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7 avantages que les écoles de journalisme pourraient tirer de l’université

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About Théo Haberbusch

Aujourd'hui directeur de la communication de l'EM Strasbourg, j'ai été journaliste puis rédacteur en chef adjoint au sein de l'agence de presse AEF.
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8 Responses to Concours des écoles de journalisme : le compte à rebours a commencé

  1. lucie says:

    Merci pour ces conseils.
    Effectivement votre méthode n’est pas à la portée de toutes les bourses mais c’est une bonne illustration des efforts à fournir.
    Aucun admis dans mon entourage, je ne sais donc trop vers qui me tourner et l’école de répond pas, peut-être allez vous pouvoir m’éclairer !
    J’ai une question sur le contenu des épreuves du CFJ/IPJ : concernant le synopsis d’article, des noms de personnes ressources (bien réelles) sont-il attendus ? Merci!

  2. Adrien says:

    Théo,

    Par cours du soir, j’entendais des cours de langue et de droit administratif.

    Pardon d’être si critique, mais je frissonne encore quand je me souviens de discours anxiogènes du genre : « C’est IN-DIS-PEN-SABLE de faire des fiches ! C’est IN-DIS-PEN-SABLE de consacrer X heures par jour à la préparation du concours ! »

    Il faut se préparer sérieusement mais en se faisant plaisir, sinon c’est une année gâchée. Je ne dis pas ça pour vous mais pour celui ou celle qui pourrait se décourager devant l’ampleur de la tâche.

  3. Adrien says:

    Des cours du soir, un voyage à Paris, des journées de lecture… Faut avoir le temps et l’argent !

    Personnellement, ma première règle était de me faire plaisir : lire mes journaux préférés et en découvrir de nouveaux tout le temps (pas de fiches, ça me saoûlait), regarder des documentaires, tenir un blog, etc.

    Je crois que la première chose à faire, c’est d’apprendre à aimer le métier de journalisme. Et en ces temps difficiles, c’est pas gagné !

    Finalement j’ai intégré une école reconnue (Grenoble) et maintenant je suis journaliste radio.

    • Merci pour cet avis Adrien. Je pense que tu n’as pas lu mes conseils dans le détail. Ils sont justement faits pour ceux qui ne peuvent pas de payer une prépa et je n’ai pas parlé de cours du soir (je rappelle que dans mon cas, je gagnais de l’argent comme correspondant de presse et que j’avais arrêté mes études pour préparer le concours). Un voyage à Paris un peu anticipé en TGV ce n’est pas hors de prix; du temps de lecture, c’est vraiment un minimum pour préparer un concours; faire des fiches, c’est une recommandation basique et même si je suis ravi pour toi de ta réussite, je ne recommanderais pas à un candidat d’adopter ta méthode à ce sujet. Tenir un blog, regarder des documentaires, ça par contre ca va dans le bon sens : cela revient à suivre sa curiosité et surtout à se démarquer des autres candidats.

  4. Pingback: Les tweets qui mentionnent Concours des écoles de journalisme : le compte à rebours a commencé | Monjournalisme.fr -- Topsy.com

  5. Élisa says:

    Ce programme est très beau… mais un peu idéaliste! Il est parfait pour quelqu’un qui n’a que les concours à préparer pendant sa semaine. Mais il ne faut pas oublier que les écoles recrutant souvent à minimum bac+3, la plupart des candidats est en 3e année de licence ou suivent une autre formation. Donc 7h d’actu et lectures par jour, c’est juste pas possible!

    J’ai passé les concours l’année dernière et j’étais en même temps en master 1. J’avais 30h de cours par semaine, un mémoire à rédiger et les exams, en plus de la préparation des concours. Le secret, c’est d’être efficace et réaliste: on ne peut pas tout retenir. Avec une copine qui préparait aussi les concours, on a décidé de mutualiser l’actu car c’est ce qui prend le plus de temps. Je conseille aux candidats de faire des fiches thématiques (société, politique, éco…) plutôt que chronologiques et des fiches spéciales pour les gros événements (Côte d’Ivoire, Tunisie…). Nous on se partageait les thèmes et on faisait un point toutes les semaines.
    Il faut aussi bien bosser les langues (la différence se fait sur cette épreuve car souvent, tout le monde maîtrise assez bien l’actu) et penser stratégique: quand d’autres langues que l’anglais sont proposées, il vaut mieux en choisir une différente. Car à moins d’être parfaitement bilingue, on peut mieux se positionner en espagnol ou italien, même si on les parle un peu moins bien que l’anglais!

    Je dis tout ça parce que le programme proposé me parait un peu chargé et met beaucoup la pression. Moi j’ai bossé l’actu et les langues et j’ai eu le concours que je voulais :)

    À noter également que le concours EDJ Sciences Po est début mars!

    • Merci Elisa pour ce commentaire très juste. Le programme que je donne fonctionne pour ceux qui, comme c’était mon cas, mettent entre parenthèses leurs études et se focalisent sur le concours. Ce n’est évidemment pas la seule méthode!
      Certaines personnes réussissent avec moins de préparation, c’est évident. Souvent ce sont des gens qui ont un parcours atypique, comment l’un de mes camarades et désormais confrère, qui venait d’études de maths.

      La mutualisation sur l’actualité est une bonne idée. Et, en effet, j’avais aussi procédé thématiquement, que ce soit pour l’actualité ou pour les thématiques générales (j’ajoute à ta liste l’international, le sport et la culture).

  6. Axel says:

    Merci pour ce billet Théo ! Il est parfait pour moi en ce moment, et à mon avis je m’y référerai plus d’une fois. En espérant qu’on puisse en discuter le mois prochain, entre deux dépêches sécuritaires…

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