Mes 10 commandements à un stagiaire en journalisme

« T’inquiète pas, je note tous tes conseils ». Je ne sais pas si la stagiaire qui travaille en ce moment avec nous au sein d’AISG tient vraiment la liste de tout ce que je lui raconte à longueur de journée. N’empêche que sa récente réponse à une n-ième de mes recommandations m’a donné envie de l’écrire, cette liste des conseils à « un » stagiaire. J’espère qu’elle pourra servir à tous ceux qui essaient de mettre le pied dans des rédactions. Car le stage reste le meilleur tremplin pour décrocher un job ou pour entamer des collaborations en tant que pigiste. Et il en va de l’emploi comme des sports de compétition: il faut soigner le moindre détail.

1.  Change de peau

Pendant le stage, tu es un journaliste professionnel, en formation certes, mais un journaliste. Tu deviens un représentant de l’entreprise. Tes erreurs, tout comme tes réussites, deviennent celles de la publication.

Tu dois prendre conscience du changement que cela implique et adapter ton attitude en conséquence, car tes interlocuteurs ne veulent pas savoir que tu es stagiaire. Ils veulent que tu comprennes leurs problématiques et que tu les retranscrives au mieux.

2. Intègre toi

S’intégrer dans l’entreprise dépend évidemment de l’accueil qui t’est fait. Mais tu peux aussi prendre ta part dans le processus: demande à être présenté aux autres services, ne mange pas seul, participe aux conversations. L’intégration passe aussi par la connaissance des particularités de l’entreprise: intéresse toi à son histoire, son actualité, bref à tout le contexte de ton stage.

3. Apprends vite et reste longtemps

On remarque un bon stagiaire à sa capacité à ne pas reproduire deux fois la même erreur. Il est normal de reprendre des papiers ou de corriger un stagiaire dans sa façon d’aborder une source, mais le maître de stage a aussi besoin de voir le stagiaire progresser.

Pour cela, privilégie les stages longs. Laisse tomber sans regret les stages de moins d’un mois et donne ta préférence à ceux qui durent deux à trois mois. C’est la durée nécessaire pour que ton stage soit un apprentissage te soit profitable et que tu deviennes pleinement « utile » au sein de la rédac.

4. Prends des initiatives

Tu peux surprendre ton patron. A priori il connait mieux que toi le sujet qu’il t’a confié, mais tu peux, parfois même à partir d’un sujet anodin, dégoter le contact qui ne lui est pas venu à l’esprit. C’est encore mieux quand tu organises un rendez-vous pour approfondir, pour faire connaissance avec une source potentielle.

Tout ça pour dire qu’il faut te mettre au diapason de la rédaction dans laquelle tu évolues. Si la règle c’est l’autonomie et la délégation, prend ta liberté!

5. Ne compte pas ton temps

Bien sûr il existe des rédactions qui « tournent » grâce aux stagiaires exploités et sous-payés. Dans une entreprise saine, il y a un stagiaire pour 4 ou 5 journalistes au maximum. Et dans cette configuration, on attend de toi que tu ne comptes pas ton temps.

L’agence de presse c’est une bonne école : l’actu prime, quels que soient le jour ou l’heure, et quels que soient les plans que l’on ait pu faire. Il faut savoir  casser ton planning pour répondre aux urgences, il faut être disponible. Et accepter des tâches pas toujours prestigieuses pour faire tes preuves. Ce conseil peut aussi se lire à l’envers : fuit toutes les rédactions, même dans des titres prestigieux, où tu ne serais là que pour faire de la figuration.

6. Sois enthousiaste

Pas besoin de faire des sauts de cabri tous les matins, ni à chaque fois qu’on te demande de traiter un communiqué qui vient de tomber. Mais tu dois montrer, à ta façon, que tu t’intéresses aux sujets que l’ensemble de l’équipe traite.

Commence par lire ce que tout le monde produit, réagis-y, et n’hésite pas à proposer des sujets. Dans le même ordre d’idée : pose des questions sur le fond des sujets, comme sur la forme des papiers. Tu peux aussi demander à consulter la charte éditoriale de la publication dans laquelle tu as pris tes quartiers.

7. Réfléchis à un plan de route

Avoir un coup d’avance. Cela doit être ton objectif au cours de ton stage. Si tu souhaites être embauché ou devenir pigiste, tu dois le savoir avant même que l’entreprise voie en toi un employé potentiel. Si ton objectif est clair, tu pourras préparer au mieux le terrain.

Si ton stage est une simple corde de plus que tu veux ajouter à ton arc avant de filer vers d’autres horizons (ce qui est tout à fait respectable), cela conditionne aussi ta façon d’aborder cette période. Le jour où ton patron va te sonder, mieux vaut que ta réponse soit sans ambiguïté et étayée.

8. Lève le nez du guidon

Rien de pire que de te noyer dans la production quotidienne. Parce que tu n’es pas un spécialiste tu dois approfondir les sujets précis qui te sont confiés. Mais tu dois aussi lire beaucoup (la presse, des livres aussi) pour te constituer un bagage global, que tu auras peut-être négligé pendant l’école de journalisme. Un journaliste doit toujours entretenir sa curiosité.

9. Sois débrouillard, technophile et organisé

Ces trois préceptes sont très liés. Il existe de moins en mois de rédactions où l’on puisse se permettre d’accueillir des « handicapés » numériques. Il te faut maîtriser l’outil informatique au sens large (de la messagerie au web 2.0 en passant par Excel). Les journalistes ont pu, à une certaine époque, se permettre de ne pas être organisés. Ce temps est révolu.

Configure des règles de messagerie et des alertes Google, alimente quotidiennement ta veille par de nouveaux flux RSS, garde un œil sur Twitter et sur Facebook… Et si tu ne maîtrises pas tout cela au départ, ne traîne pas à te familiariser avec ces questions. Si tu maîtrise mieux ces outils (ou d’autres!) que les journalistes qui t’accueillent : tu tiens là une façon de mettre en valeur tes compétences.

10. Soigne tes sources

Enfin, et cela me semble le plus important : profite de ton stage pour découvrir comment on « gère » des sources. Trouve toi une rédaction (la mienne of course, mais il y en a d’autres hein) au sein desquelles tu pourras, tu devras sortir.

Participer à des déjeuners, les susciter, aller à des RDV de deux heures pour aller au fond d’une question, appeler 30 fois un contact quand se développe une actu chaude. C’est sur ces choses là que ton maître de stage et tes collègues peuvent le plus t’apporter…avant de te laisser poursuivre la route ou de te rattraper par la manche car tu auras fait ton trou.

PS : Qu’ont fait les stagiaires qui ont travaillé dans mon service et que sont-ils devenus ? Voici deux (bons) exemples:

- en 2008, une stagiaire a réalisé une enquête de plusieurs semaines sur les efforts faits par les universités pour améliorer l’insertion professionnelle de leurs étudiants

- en 2009, une stagiaire a participé au montage et au lancement d’une newsletter sur l’insertion professionnelles des titulaires d’un doctorat

Toutes deux ont été embauchées ensuite par l’AEF.

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About Théo Haberbusch

Aujourd'hui directeur de la communication de l'EM Strasbourg, j'ai été journaliste puis rédacteur en chef adjoint au sein de l'agence de presse AEF.
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7 Responses to Mes 10 commandements à un stagiaire en journalisme

  1. Claire says:

    Bonjour,

    Votre article m’a beaucoup intéressée, je souhaiterais devenir correspondante de presse aussi en parallèle de mes études, mais je ne sais pas comment m’y prendre. J’habite Paris intra muros. Vos conseils me seraient précieux :)

    • Bonjour. Le mieux est de démarrer par un ou plusieurs stages, y compris assez courts si vous n’avez pas beaucoup de temps, afin de vous faire connaître de certaines rédactions. En mettant le pied dans la porte vous pouvez espérer des stages plus longs pendant l’été ou les vacances. Sauf exception, ne comptez pas sur la pige, qui est un mode de rémunération utilisée pour payer des professionnels. La presse régionale est en revanche souvent très preneuse de collaborations au travers de correspondants, mais en région parisienne, et surtout dans la capitale, je pense que Le Parisien n’utilise pas ou très peu de correspondants.

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  3. Pingback: Twitted by sebmusset

  4. François says:

    Sympa, ton blog Théo ;)

  5. benito says:

    et quand tu perds pieds, que tu es débordé, dis-le… mais pas 10min avant les bouclages. Ca montre que tu sais t’organiser et que tu penses aux autres métier de la rédac (SR, redac chef qui relit tout)

  6. Pingback: Les tweets qui mentionnent Mes 10 commandements aux stagiaires en journalisme | Monjournalisme.fr -- Topsy.com

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