Refonder le journalisme (américain)

Le lancement de ce blog coïncide -et est en greconstruction AJrande partie suscité- par la lecture du numéro de novembre-décembre 2009 de la Columbia Journalism review (CJR). Cette livraison passionnante se veut ambitieuse puisqu’elle publie sur près de 30 pages un dossier qui prétend « refonder le journalisme aux Etats-Unis ». Il s’agit plus précisément du concentré d’un rapport plus développé (100 pages) commandé par l’école de journalisme de Columbia à Leonard Downie Jr, ancien directeur exécutif du Washington Post, et à Michael Schudson, professeur à Columbia.

Leur enquête se veut à la fois une remise en perspective de la crise que vit le journalisme aujourd’hui, un état des lieux des initiatives prises par la presse américaine pour se relever et un recueil de propositions pour améliorer la situation.  Pour ceux que la lecture d’un texte aussi long rebute, je me propose de synthétiser –subjectivement forcément- le rapport.  Je dois dire que je reste souvent scotché par le niveau de la réflexion sur l’évolution du journalisme outre-Altlantique, tandis qu’en France, ce que l’on a construit de plus ambitieux se fut les Etats généraux de la presse…qui ne semblent vraiment pas avoir élevé le niveau du débat.

L’« accountability journalism » en danger

Le rapport se concentre sur l’avenir de l’ « accountability journalism », c’est-à-dire sur le rôle de « chien de garde » dévolu Outre-Atlantique à la presse et qui s’est traduit par des scoops comme le Watergate. Les secteurs privilégiés de ce journalisme : la santé, l’éducation, l’environnement, la vie politique nationale et locale, ou encore la vie des communautés. Bref, en France on pourrait dire un journalisme qui exige des comptes (de la part des acteurs, des décideurs…), un journalisme de service public.

Les deux auteurs en sont convaincus, le journalisme d’investigation, indépendant, qui a pris son envol aux Etats-Unis dans les années 1960, est aujourd’hui en danger. C’est encore davantage au niveau local qu’au plan national ou international que ce type de reportage est menacé, s’inquiètent-ils.

Internet n’est évidemment pas le coupable de cette évolution. Face à la concurrence de la télé et à l’éclatement des lectorats –sous l’effet de l’installation des populations urbaines en banlieue et de l’arrivée massive de populations non-anglophones-, les journaux on réduit leur voilure bien avant l’avènement du net. Celui-ci a néanmoins accéléré leur déclin, à l’image du succès de Craiglist, qui a capté le marché des petites annonces payantes.

Les contenus gratuits en ligne

Le premier mouvement des journaux fut de proposer leurs contenus gratuitement sur la Toile, espérant ainsi compenser le déclin de leur lectorat par de nouveaux revenus publicitaires. Aujourd’hui on mesure combien cette stratégie était illusoire… Conséquence : des coupes drastiques dans les effectifs. Le rapport donne l’exemple du Baltimore Sun passé de plus de 400 à 150 journalistes. Globalement le nombre de journalistes serait passé de 40 000 en 1971 à 60 000 en 1992, pour retomber à 40 000 en 2009. columbia school of journalism

Les journaux en situation de monopole dans les petites villes (Albuquerque, Kansas, Rhode Island…) ont été moins durement touchés que ceux des grandes métropoles. Certains sont mêmes parvenus à faire payer l’accès à leur contenu en ligne. Les choses sont plus dures pour les « grands » journaux, dont seule une minorité font aujourd’hui payer leurs contenus (Wall Street journal, Financial Times).

Même si les initiatives se multiplient – appel à de généreux donateurs, mutualisation des contenus- les journaux ont perdu leur valeur aux yeux de leurs lecteurs. Les auteurs expliquent ensuite que ni la télévision ni la radio n’ont les moyens de combler le vide laissé par la presse écrite. En revanche, d’autres sources de journalisme d’investigation indépendant existent.

A suivre….

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About Théo Haberbusch

Journaliste au sein de l'agence de presse AEF depuis 2006, j'y ai occupé plusieurs postes. Aujourd'hui je suis rédacteur en chef adjoint d'AISG (Agence d'information sécurité globale), le dernier né des départements d'AEF.
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One Response to Refonder le journalisme (américain)

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