En France, mais surtout dans le monde anglo-saxon, les blogs portant sur les médias et leur évolution ne manquent pas. J’en lis un nombre grandissant depuis 2006-2007. Alors pourquoi prendre la parole aujourd’hui ?
D’abord parce que le thème de ces blogs est souvent trop large à mon goût: ils s’intéressent davantage aux médias qu’au journalisme. Bref, on parle trop des contenants et pas assez du contenu.
Deuxième raison qui me pousse à m’exprimer à travers mon propre blog: l’envie de faire entendre la voix d’un journaliste. Syndrome du nez plongé dans le clavier? Refus de s’intéresser aux bouleversements que vit notre métier? Je regrette le silence des journalistes « de base », mais encore plus celui des managers. Rédacteurs en chef, chefs de services, directeurs même, ne parlent jamais sur la Toile de leurs pratiques, de leur conception du travail de journaliste, de leurs priorités.
Je voudrais aussi remédier au manque d’ouverture internationale du journalisme en France. Les initiatives prises aux États-Unis et le degré de maturité sont incroyablement plus avancés que chez nous.
Mon expérience au sein d’un média…qui cartonne
Je fête en ce début d’année 2010 le début de ma quatrième année au sein d’une entreprise de presse…qui ne connaît pas la crise. L’AEF, fondée en 1998, est une agence de presse spécialisée qui compte aujourd’hui une soixantaine de journalistes couvrant des secteurs aussi variés que les ressources humaines, la protection sociale, l’environnement, le logement social, l’éducation, l’enseignement supérieur ou la recherche.
Des idées à puiser dans d’autres professions
Si je lance ce blog après plusieurs mois de maturation, c’est parce que j’ai répertorié les points communs entre le monde du journalisme et celui de la recherche. Je pense que l’on gagnerait à observer les pratiques des chercheurs, qu’il s’agisse du management, de l’allocation des moyens ou de l’évaluation des personnels.


AEF a été fondée par un journaliste, Marc Guiraud, auteur de ce commentaire.
J’étais un journaliste globalement insatisfait de la production journalistique d’Europe 1, média où je travaillais (1988 – 1998) Europe 1. Tout en ayant la chance de travailler aux côtés de ce qu’on peut vraiment qualifier de « grands professionnels » (Catherine Nay, Gérard Carreyrou, Olivier de Rinquesen, Stéphane Paoli, Jean-Pierre Elkabbach, André Arnaud ou Jean-François Rabilloud notamment, sans parler des « jeunes talents » de l’époque devenus de « grandes signatures » (François Clémenceau, Emmanuel Faux…), j’avais des doutes sérieux et récurrents sur la pertinence du modèle d’information d’Europe 1 : généraliste, pavlovien et panurgesque. Un peu de politique intérieure, un zeste d’international (mais pas trop, ça fait fuir l’auditeur), une bonne louche de fait divers et un passage obligé par le sport (uniquement les grands résultats des grands sports). Et puis, si j’adorais la rapidité de la radio, la concision extrême qu’elle exigeait, ne me fascinait plus comme au début. Enfin, plus généralement, le positionnement marketing erratique de la station, le désintérêt de ses dirigeants pour la culture de cette entreprise, notamment l’histoire et la culture de la rédaction, et leur incapacité à faire émerger des talents, qu’il s’agisse de journalistes, d’animateurs, de commerciaux ou de dirigeants, me navraient.
J’ai donc fondé AEF pour proposer une autre manière de produire de l’information: d’abord, il faut que ce soit une « vraie » information, c’est à dire un fait nouveau, significatif, et qui intéresse le lecteur. Ensuite, cette information est produite avec un certain nombre de règles. Elles visent à en assurer la fiabilité, certes, mais aussi elles permettent d’en assurer la lisibilité et la précision. En clair, AEF ne « raconte » pas l’information (on raconte une histoire, l’information ce ne doit pas être des histoires…), AEF ne la met pas en scène (surtout pas !), AEF tente de décrire l’information de la manière la plus précise (vive les détails qui caractérisent et dimensionnent l’information), la plus « proche de la réalité » et la plus neutre possibles.
Au-delà de notre statut d’agence de presse, qui implique cette neutralité, je suis persuadé que cette posture à la fois distante, humble et ambitieuse gagnerait à s’exprimer dans d’autres médias. Distante, car par rapport à l’information, on n’est pas impliqué puisqu’on est un témoin) ; humble, car on ne prétend pas diffuser un regard sur le monde mais le décrire ; ambitieuse car on n’est que journalistes, mais pleinement journalistes : priorité à la recherche d’information, ce qui est, au passage, plus efficace pour dénoncer un scandale, qu’un édito vibrant ou un papier approximatif.
Les lecteurs apprécient qu’on respecte leur opinion plutôt qu’on tente de l’orienter, qu’on ne mélange pas tous les genres, qu’on ne se prenne pas pour ce qu’on n’est pas. Une part de la solution à la crise de confiance que connaît la presse vis à vis de ses lecteurs réside dans un positionnement clarifié des journalistes : des chercheurs d’informations plutôt que des commentateurs et des donneurs de leçons. « Donner à penser » plutôt que « penser » selon une des maximes d’AEF.